L'Île des Esclaves
D’après Marivaux

Genre : comédie
Mise en scène : Christian Rousseau
Jeu : Valérie Capdepont, Maëlle Gozlan, Namo Ehah-Kokou, Jérémy Nardot,
Christian Rousseau
Vidéo : Stéphane Calès, Louise Rousseau
Musique : Benjamin Dardé
Lumière : Jean-Philippe Villaret

Une île,
Quatre naufragés,
Un maître du jeu,
Des épreuves…

 

L’histoire de Marivaux

Après un naufrage, Iphicrate, jeune maître athénien, révèle à son esclave Arlequin les coutumes de l’île où tous deux ont échoué : les esclaves y sont libérés et les maîtres tués ou réduits à l’esclavage. Arlequin prend conscience de son nouvel avantage. Survient Trivelin, représentant des insulaires, conduisant deux autres naufragées : une dame, Euphrosine, et sa suivante, Cléanthis. Il ordonne aux maîtres et aux esclaves d’échanger noms, fonctions, et habits pour corriger les maîtres en les faisant serviteurs de leurs anciens esclaves.

Marivaux revu et prolongé

Qui peut croire que le théâtre ait pu changer quoi que ce soit à la vie d’un homme ou d’une société ? Marivaux peut-être ?! Car au XVIIIème siècle on voit possible une société idéale.
Après le ressentiment et la colère, les esclaves se redécouvrent humains et sensibles à la situation de leurs semblables. Suite logique du retour à l’humanité. Des épreuves humiliantes contraignent les rescapés, les petits maîtres subissent pénitence et se résolvent à la contrition. Et tout semble s’améliorer. Cette utopie de la correction, nous semble au XXIème violente et inutile. Une île aussi hospitalière qu’une maison de correction.
Nous voulons revisiter Marivaux pour le prolonger et le mettre en perspective ? Sa vision est un départ indispensable à notre réflexion, il nous faut remettre l’ouvrage sur le métier. Il dissèque les sentiments humains dans des situations souvent cruels, mais il donne un espoir nouveau.

La mise en scène : l’émission pilote de l’Île des Gages.

Notre point de vue contemporain prend l’île pour la réalité de nos rêves, de nos tentations, de nos expériences de survie. Or, la téléréalité n’est que le montage d’une expérience d’une autre vie, survie ou vie intensifiée. L’exacerbation des émotions est l’enjeu du monde télévisuel qui divertit pour ne pas penser.
Notre mise en scène singe un jeu de téléréalité pour briser le quatrième mur. Les spectateurs sont pris au jeu du direct. Galvanisé par un maître de jeu, le spectacle scrute les réactions de quatre rescapés de la vie. Ils semblent sortis de la commune d’à côté pour jouer l’épreuve du texte de Marivaux, ils trouvent de bonnes raisons pour passer sur l’Île des Gages. 

L’image aurait-elle gagné sur la pensée ? Nous sommes parfois médusés de voir tant d’inepties télévisuelles, hallucinés par les infox, sidérés du manque de considération pour les plus faibles. Pour accompagner un changement éthique, sans doute faut-il concevoir un espoir en l’humanité. 

« Si tu pars du principe qu'il n'y a aucun espoir, alors tu peux être sûr qu'il n'y en aura pas. Si tu pars du principe qu'il existe un instinct de liberté, qu'il existe des opportunités pour changer les choses, alors il y a une possibilité que tu contribues à rendre le monde meilleur. » Noam Chomsky

Le spectacle et accompagnement scolaire

Proposé pour les salles culturelles, bibliothèques ou encore établissements scolaires
Possibilité d’actions pédagogiques autour de l’œuvre, d’ateliers autour des thèmes de l’œuvre, rencontres avec les artistes, répétitions ouvertes…

L’auteur Marivaux

Marivaux (1688-1763) est un précurseur du siècle des lumières et un témoin majeur de la vie de la société au XVIIIe siècle. Prodige de notre théâtre français, Marivaux donne à rire et à penser. L’Île des esclaves confronte, sous une forme brève, deux thèmes chers à l’auteur, l’instabilité des statuts et l’expérimentation par le travestissement.

Projet de Marivaux

Cette pièce de Marivaux est dans l’ensemble du corpus de l’œuvre une pièce morale. Cette morale du XVIIIème dénonce les personnages comme irraisonnables. Nous sommes alors sur une île dans une Antiquité de convention où se réalise l’utopie d’une société idéale.
L’enjeu de toute comédie est de « châtier les mœurs ». Ainsi, l’inversion des rôles intensifie les caractères : les extravagances et les abus des maîtres seront raillés par les esclaves.

Une langue de l’intime

La langue agile et brillante de Marivaux aiguise les sentiments et chacun dans ses failles est amené aux rives du tragique. La violence des situations est étonnante, nul n’en sort indemne. On évite de justesse de basculer dans le désespoir et la vengeance. La morale consolatrice des gens de l’île sauvera nos naufragés, désormais corrigés c'est-à-dire améliorés, rendus meilleurs.
Marivaux oblige en ce siècle des lumières une plongée dans les âmes et les consciences.

Jouer Marivaux c’est jouer une mise à l’épreuve

Chez Marivaux, on apprend par l’épreuve. Le personnage éprouve et devient porte-parole de sa propre expérience. Ici, on renverse le statut social. Ce jeu que chacun expérimente interroge son rapport à l'autre, sa conscience et ses propres actes.

Extrait

Scène 10 Cléantis
« … Il s'agit de vous pardonner, et pour avoir cette bonté-là, que faut-il être, s'il vous plaît ? Riche ? non ; noble ? non ; grand seigneur ? point du tout. Vous étiez tout cela ; en valiez-vous mieux ? Et que faut-il donc ? Ah ! nous y voici. Il faut avoir le cœur bon, de la vertu et de la raison ; voilà ce qu'il faut, voilà ce qui est estimable, ce qui distingue, ce qui fait qu'un homme est plus qu'un autre. Entendez-vous, Messieurs les honnêtes gens du monde ? Voilà avec quoi l'on donne les beaux exemples que vous demandez, et qui vous passent : et à qui les demandez-vous ? À de pauvres gens que vous avez toujours offensés, maltraités, accablés, tous riches que vous êtes, et qui ont aujourd'hui pitié de vous, tous pauvres qu'ils sont. Estimez-vous à cette heure, faites les superbes, vous aurez bonne grâce ! Allez, vous devriez rougir de honte. »